Les formes verbales d’une langue sont traditionnellement présentées comme éléments d’un système aspecto-temporo-modal stable où chaque tiroir remplit des fonctions spécifiques et discriminantes. Eppur si muove…: les pratiques discursives révèlent une réalité plus fluide et une « synchronie dynamique ».
Ainsi, en français, on a beaucoup glosé sur la vitalité du passé simple (Dauzat 1946, Meillet 1948, Van Vliet 1983, Engel 1985, Labeau 2009) et les manières de « combler le vide » (Engel 1998) laissé par son apparente régression. On a invoqué d’une part le remplacement de la marque aspecto-temporelle de passé perfectif par des valeurs stylistiques (Labeau 2008), par exemple de dimensionalisation (Monville-Burston & Waugh 1985). D’autre part, on a suggéré un effet de domino sur la répartition des fonctions des formes verbales. Par exemple, des formes intuitivement peu adaptées comme les futurs simple et périphrastique s’utilisent aussi dans des narrations passées (Labeau 2009). Par ailleurs, le plus-que-parfait théoriquement marqueur de double antériorité se voit souvent employé comme passé perfectif (Majumdar & Morris 1980, Ayres-Bennett & Carruthers 2001, Labeau 2009). Pareillement en italien, la prose littéraire voit se développer des exemples non classiques de ce temps. Des formes intuitivement peu adaptées comme les futurs simple et périphrastique s’utilisent aussi dans des narrations passées (Labeau 2009). En parallèle, et conformément aux conclusions des études typologiques, on voit se développer la fréquence de formes analytiques et des périphrases itives et ventives pour référer au futur et au passé proche, et un élargissement de leurs emplois. En outre, les contours des emplois modaux révèlent un certain flou, que ce soit dans le tracé mouvant du domaine du subjonctif ou dans les emplois du conditionnel. Ainsi, en espagnol, l'emploi journalistique du conditionnel, relativement récent et qui se développe, n'est pas accepté par certaines rédactions.
Le but du présent colloque est de décrire et d’analyser les changements actuellement en cours, et les lieux où les pratiques discursives actuelles s’avèrent susceptibles de faire évoluer les systèmes verbaux des langues romanes, ainsi que d’évaluer les facteurs déclencheurs du changement.
Les organisateurs espèrent que la rencontre sera le point de départ pour un réseau international de recherche sur les sujets abordés.
- Ayres-Bennett, W. & Carruthers, J. (2001) Problems and Perspectives: Studies in the Modern French Language. London: Longman.
- Barcelo J et Bres J., (2006) Les temps de l’indicatif en français. Paris : Ophrys.
- Dauzat, A. (1946) ‘Le fléchissement du prétérit et de l’imparfait du subjonctif: Les causes, les étapes, les résultats’, Études de linguistique française: 62-81.
- Engel, D. (1985). ‘The Survival of the French 'Passé Simple': a Reply to Van Vliet.’ Word 35:77-81.
- Engel, D. (1998) ‘ Combler le vide: le passé simple est-il important dans le système verbal’, in Borillo, A., Vetters, C. & Vuillaume, M. (eds) Variations sur la référence verbale (Cahiers Chronos 3). Amsterdam/Atlanta: Rodopi, pp. 91-107.
- Fleischman, S. (1983) ‘From pragmatics to grammar: Diachronic reflections on pasts and futures in Romance’, Lingua 60:183-214.
- Foulet, L. (1920) ‘La disparition du prétérit.’ Romania 46: 271-313.
- Foulet, L. (1925) ‘Le développement des formes surcomposées’, Romania 51:203-252.
- Labeau, E. (2008 ) ‘Il y a une éternité, il y a un siècle, il y a un an... A quoi sert le PS dans les discours de voeux?’ In Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française - CMLF'08. Paris : Institut de Linguistique Française. Available online at http://www.linguistiquefrancaise.org/index.php?
- Labeau, E. (2009) Le PS, cher disparu de la rubrique nécrologique ?’ Journal of French Language Studies 19/1:61-86.
- Majumdar, M. and A. M. Morris (1980) ‘The French pluperfect tense as a punctual past’, Archivum Linguisticum 11(1): 1-12.
- Meillet, A. (1948) ‘Sur la disparition des formes simples du prétérit’, in Linguistique historique et linguistique générale. Paris : Honoré Champion: 149-158.
- Monville-Burston, M. & Waugh, L. (1985) ‘Le passé simple dans le discours journalistique’, Lingua 67 : 121-170.
- Squartini, M.& Bertinetto, P.M. (2000) ‘The Simple and Compound Past in Romance languages’, in Ö. Dahl (ed.), Tense and Aspect in the Languages of Europe, Mouton - De Gruyter: 403-439.
- Yvon, H. (1963) ‘Le passé simple est-il sorti d’usage ?’, Le français moderne 3 : 161-176.
Organisateurs:
• Jacques Bres, Praxiling UMR 5267 CNRS — Université Paul-Valéry — Montpellier 3.
• Emmanuelle Labeau, School of Languages and Social Sciences, Aston University.
• Inès Saddour, School of Languages and Social Sciences, Aston University.
Comité scientifique:
- Pier Marco Bertinetto (Scuola Normale Superiore, Pisa)
- Olivier Bertrand (Ecole Polytechnique / CNRS-ATILF / Université de Savoie)
- Janice Carruthers (Queen University Belfast)
- Walter de Mulder (Antwerpen Universiteit)
- Patrick Dendaele (Antwerpen Universiteit)
- Anne Judge (Surrey University)
- Laurent Gosselin (Université de Rouen)
- Martin Maiden (Oxford)
- Marie-Eve Ritz (University of Western Australia)
- Carl Vetters (Université du Littoral – Côte d’Opale)
- Marc Wilmet (Université Libre de Bruxelles)
- Richard Ingham (Birmingham City University)